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Depuis les dernières années, les agences d’applications de la loi stagnent en matière d’innovation. Pourtant, des innovations sont possibles!

Si vous êtes intéressés aux affaires policières, vous ne serez assurément pas surpris de lire que les innovations dans le monde de la police se font rares par les temps qui courent. Malheureusement, la bonne vieille culture policière tend à plonger ces organisations dans des façons de faire qui est surtout basée sur les méthodes connues et apprivoisées, plutôt que par celles qui ont le potentiel de changer les pratiques. « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » est probablement l’adage de bien des décideurs dans le domaine.Développement des affaires

En fait, le dernier grand concept à avoir été poussé dans le monde policier est assurément la « police guidée par le renseignement », mieux connu comme étant de l’« intelligence-led policing » (ILP). En soi, le concept est intéressant : il pousse sur l’utilisation plus forte du renseignement dans les activités policières, et ce, dans l’optique de rendre les opérations plus efficaces et efficientes.

Appliqué de manière adéquate, on constate qu’il peut effectivement amener des éléments d’amélioration notable dans la conduite des affaires policières. D’un point de vue stratégique, cela permet aux responsables des agences d’application de la loi d’être en mesure de voir venir les transformations dans l’environnement de sécurité, et conséquemment de ne pas être pris à contrepieds quand apparaissent des nouvelles menaces.

Du côté opérationnel, le concept de  de moduler les activités policières de manière à les rendre plus efficaces quand vient le temps de lutter contre le crime au quotidien. Cela peut par exemple, de mieux choisir les cibles à faire tomber lors de frappes policières permettant de rendre les opérations plus rentables – les amis anglophones utiliseraient à juste titre l’expression « more bang for the bucks ». En d’autres mots, cela permet de choisir les bons individus à faire tomber dans un réseau criminel, et ce, dans l’objectif de déstabiliser les fondements même du réseau.

Si le concept est fort intéressant et apporte bon nombre d’avantages pour les forces de police – certains parlent même de changement paradigmatique dans les activités policières -, force est toutefois d’admettre qu’il n’est pas non plus une panacée. En effet, l’observateur aguerri aura rapidement compris que le tout est bien malheureusement limité, et ce, essentiellement pour deux raisons.

Gestion de successionTout d’abord, peu de corps de police ont véritablement mis de l’avant le concept de manière pleine et entière. Souvent, le concept est adopté dans le discours, mais un regard sur la façon dont le tout s’opérationnalise démontre rapidement que bien souvent cette posture intellectuelle est loin d’être appliquée. C’est à croire que les décideurs n’ont juste pas compris le concept.

Ensuite, le concept date déjà des années 1990. Cela fait donc déjà plus d’un quart de siècle que le concept roule sa bosse dans les documents de gestion policière. Alors même que plusieurs corps policiers n’ont même pas adopté véritablement le concept (voir point précédent), il est tout de même pertinent de se demander où se trouve la prochaine grande innovation policière. Parce que, depuis 25 ans, il s’en est passé des choses.

La police prédictive : la prochaine révolution?

La police prédictive est probablement le concept qui est le plus à la mode actuellement. Sans trop entrer dans les détails, disons simplement que la police prédictive se veut être une façon de diriger l’activité policière de manière à prévenir la commission de crimes.

Beaucoup l’ont comparé à la police de « Minority Report » qui effectue des arrestations avant même la commission du crime. Si cela est un peu exagéré, la police de prédiction fait surtout  référence à l’application des techniques de prévision et d’analyse qui permettent la prévention du crime dans des zones à risques. Il est ainsi possible de mettre en place des activités policières en fonction de points chauds criminels identifiés comme à risque. Il ne s’agit donc pas tant de prédire le crime, plutôt que de le prévenir en mesurant adéquatement les zones à risque.

Si le concept est fort intéressant, il ne constitue assurément pas une révolution en soit, pour la simple et bonne raison que pour qu’il y ait une révolution dans l’activité policière, il faut que le tout se produise à tous les niveaux, tant au niveau stratégique, opérationnel et tactique. Or, la police prédictive concerne presque exclusivement le niveau tactique?

La police basée sur les données

La véritable révolution de l’activité policière demeure donc, à mon humble avis, encore dans les limbes. Elle pend au bout du nez des décideurs, mais ces derniers ne sont pas encore capables d’en saisir la portée. Il s’agit de la police basée sur les données ; nos amis shakespeariens parleraient de la « data based policing », ou le « data-driven policing ».

Empruntant des éléments présents dans les analyses liées aux métadonnées (big data), la police de basée sur les données ira encore plus loin dans la question de l’approche prédictive puisqu’elle sera en mesure d’observer la naissance même des organisations criminelles. En ayant les bonnes données analysées en temps réel, les agences d’application de la loi seront donc en mesure de « ressentir » les transformations dans l’environnement de sécurité et ainsi de véritablement être en mesure d’en anticiper les effets sur les activités criminelles et, par extension, sur les activités de sécurité.

Si cela est à la portée des responsables des questions policières, encore faut-il qu’ils embrassent les transformations que cela demande de faire pour y arriver. Deux choses seront assurément nécessaires pour être en mesure d’exploiter le concept soit : (1) des technologies efficaces, efficientes et innovantes et (2) des ressources compétentes dans la manipulation des données. L’avenir nous dira si les services de police seront en mesure d’adopter ces principes. Mais, d’ores et déjà on comprend qu’il faudra des personnes en mesure de pousser sur le concept de manière intellectuelle, car pour qu’il y ait une révolution, il faut qu’il y ait des révolutionnaires.

Mr. P.